25 chefs-d'oeuvre, de Cimabue à Picasso

De l’an 1000 à l’an 2000, voici 25 œuvres majeures de la peinture occidentale. Un choix présente toujours une part de subjectivité, mais les peintures retenues sont universellement considérées comme des chefs-d’œuvre.

 

 

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Cenni di Pepo dit CIMABUE (vers 1240 − vers 1302)

La Vierge et l’Enfant en majesté entourés d’anges (vers 1270)

Tempera sur bois, 427 × 280 cm. Paris, musée du Louvre

 « Par sa monumentalité, la somptuosité du fond, le retable du Louvre donne du thème de la Maestà, c'est-à-dire la Vierge avec l'Enfant sur un trône soutenu par des anges, glorifiée comme reine des cieux, une illustration particulièrement saisissante. Sur le cadre original, vingt-six médaillons peints représentent en haut le Christ et quatre anges, puis des saints et des prophètes. [...] La composition de la Maestà est symétrique et dense, encore massive. La Vierge est imposante par son hiératisme, et le geste de bénédiction du jeune Jésus peu enfantin. Pourtant, c'est avec une douceur et une souplesse nouvelles que Cimabue modèle les visages, désormais empreints d'humanité véritable. » (Notice musée du Louvre)

 

Jan VAN EYCK (1390 – 1441)

Les Époux Arnolfini (1434)

Huile sur bois, 83,7 × 57 cm. Londres, National Gallery

Le tableau représente Giovanni Arnolfini, riche marchand toscan établi à Bruges et son épouse Giovanna Cenami. De dimension assez modestes (82 × 60 cm) le tableau innove par l'image très réaliste qu'il propose d'un intérieur flamand de l'époque. On peut observer de multiples détails scrupuleusement représentés (meubles, chandelier, tissus, miroir, chien, etc.). Cette peinture était destinée à un usage privé, ce qui permettait une thématique très laïque, rarissime à l'époque. Le soin apporté à traiter lumière et perspective frappe l'observateur d'aujourd'hui.

 

Sandro BOTTICELLI (1445 – 1510)

La Vierge et l’Enfant avec le jeune saint Jean-Baptiste (1470-1475)

Tempera sur bois, 90 × 67 cm. Paris, musée du Louvre

Botticelli a alors 25 ans et se libère de l'influence de son maître Filippo Lippi. Le geste de tendresse de l'Enfant Jésus contraste avec la mélancolie du visage de la Vierge qui semble connaître le destin de son enfant. Selon le musée du Louvre, il n'est pas certain que Saint Jean-Baptiste ait été peint par Botticelli lui-même, les spécialistes y voyant un travail de moindre qualité exécuté par un assistant.

 

Léonard de VINCI (1452 – 1519)

Mona Lisa ou La Joconde (1503-1504)

Huile sur bois, 77 × 53 cm. Paris, musée du Louvre

« Il s'agirait du portrait de Lisa Gherardini (1479-1542), épouse de Francesco del Giocondo, marchand d'étoffes florentin, dont le nom féminisé lui valut le "surnom" de Gioconda, francisé en "Joconde". La Joconde ne fut sans doute pas livrée à son commanditaire. Il semble que Léonard l'ait emportée en France et que son élève et héritier Salaï l'ait rapportée en Italie. Mais on ignore comment elle parvint dans la collection de François Ier. » (Notice Musée du Louvre)

Le portrait présente deux caractéristiques novatrices qui auraient été la cause de son refus par le commanditaire Francesco del Giocondo. La Joconde sourit ou ébauche un sourire, ce qui n'est pas convenable pour l'époque. Le paysage d'arrière-plan est indistinct, vaporeux, un peu inquiétant, caractéristique de Léonard, alors que l'on peut s'attendre vers 1500 à un paysage typiquement florentin et donc très familier.

 

Tiziano Vecellio dit TITIEN (1490 – 1576)

La femme au miroir (1512)

Huile sur toile, 99 × 76 cm. Paris, musée du Louvre

« Dans ce chef-d'œuvre du classicisme chromatique de la jeunesse de Titien, l'harmonie de la composition et des couleurs exalte la beauté de la femme. Titien donne ici le prototype de l'idéal féminin caractéristique de la peinture vénitienne. Les deux miroirs, dont l'un est tendu par l'homme, permettent à la jeune femme de se voir de face et de dos : ce thème du reflet, inventé par Giorgione, met en valeur l'habileté technique de l'artiste. » (Notice musée du Louvre)

 

Pierre Paul RUBENS (1577 – 1640)

Femme au chapeau de paille (1622-1625)

Huile sur bois, 79 × 54 cm. Londres, National Gallery

Suzanne Fourment (1599-1628) était la sœur aînée d'Hélène, la seconde épouse de Rubens. Rubens l'utilisa souvent comme modèle. Le bruit courut qu'elle était sa maîtresse mais rien ne permet de corroborer cette rumeur qui est considérée comme totalement fausse par les spécialistes du peintre.

 

Jacob VAN RUISDAEL (1628 – 1682)

Le Coup de soleil (1660)

Huile sur toile, 83 × 99 cm. Paris, musée du Louvre

« Jacob Van Ruisdael imagine ici un ample panorama, construit sur de subtiles diagonales (nuages, fleuves, collines). Il le recompose à partir de différents motifs réels : ruines d'un petit pont et du château de Brederode (près de Haarlem), moulins à vents, collines de Gueldre ou de Rhénanie... C'est au XIXe siècle que ce tableau, autrefois simplement dénommé "Effet de soleil après la pluie", prend le titre sous lequel il est désormais universellement connu : Le Coup de soleil. Et c'est effectivement le soleil qui orchestre magistralement l'espace du tableau, alternant les zones d'ombres et de clarté. » (Notice musée du Louvre)

 

Johannes VERMEER (1632 – 1675)

Vue de Delft (1660-1661)

Huile sur toile, 98,5 × 117,5 cm. La Haye, Mauritshuis

Ce paysage urbain célébrissime en France, sans doute à la suite de l'appréciation élogieuse de Marcel Proust (« le plus beau tableau du monde »), correspond à la tradition italienne des vedute qui sera popularisée par Canaletto au 18e siècle. La ville natale du peintre est idéalisée par le choix artistique qui valorise la lumière atmosphérique et son reflet dans l'eau. Le ciel représente plus de la moitié de la surface du tableau comme chez Jacob van Ruisdael, peintre de Haarlem dont Vermeer connaissait sans doute certaines œuvres.

 

Johannes VERMEER (1632 – 1675)

La jeune fille à la perle (ou au turban) (1665)

Huile sur toile, 46,5 × 40 cm. La Haye, Mauritshuis

La Joconde du nord doit son universelle célébrité au dialogue instantané qu'elle instaure avec l'observateur. Avec beaucoup de travail et de génie, le peintre nous laisse entendre qu'il saisit tout simplement un instant mystérieusement interrogatif, un instant de surprise d'où émane la vie et la sensualité la plus naturelle. La perle, symbole de chasteté et de pureté dans la tradition biblique, est également associée à Vénus ou Aphrodite, déesse de l'amour et de la séduction dans la mythologie antique. Cette ambiguïté n'a certainement pas échappé au peintre, qui en joue à merveille pour aboutir à une œuvre intemporelle, suprêmement picturale parce que parvenant à l'indicible.

 

Johannes VERMEER (1632 – 1675)

La Dentellière (1669-1670)

Huile sur toile, 24,5 × 21 cm. Paris, musée du Louvre

Ce tableau fait partie des œuvres de Vermeer qui éliminent presque tout l'environnement pour se concentrer sur le personnage. Seule la jeune fille absorbée par son minutieux travail de dentelière intéresse le peintre. L'arrière-plan ne comporte aucune carte ou tableau comme il est fréquent dans les œuvres de Vermeer. « Un chef-d'œuvre de Vermeer par la concentration du modèle et le jeu des couleurs exaltées par le fond gris clair. » (Notice musée du Louvre)

 

Maurice QUENTIN DELATOUR (1704 – 1788)

Portrait de Mme de Pompadour (1755)

Pastel sur papier gris-bleu, 177 × 131 cm. Paris, musée du Louvre

Jeanne-Antoinette Poisson (1721-1764) est issue d'un milieu bourgeois. Elle épouse en 1741 Charles-Guillaume Le Normant d'Étiolles et devient la favorite de Louis XV en 1745. Le roi lui fait immédiatement don du domaine de Pompadour. Un courtisan ne devait pas mourir dans le lieu où résidait le roi, mais la marquise bénéficia de l'ultime privilège de mourir au château de Versailles en 1764.

 

Thomas GAINSBOROUGH (1727 – 1788)

Mr. & Mrs William Hallett (1785)

Huile sur toile, 236 × 179 cm. Londres, National Gallery

Aussi appelé La promenade matinale ce tableau représente William Hallett et Elizabeth Stephen âgés tous les deux de 21 ans. Ils venaient de se marier au cours de l'été 1785. Pour les époux, il s'agissait d'un portrait de mariage.

 

Jacques-Louis DAVID (1748 – 1825)

Portrait de Juliette Récamier (1800)

Huile sur toile, 174 × 244 cm. Paris, musée du Louvre

Juliette Récamier (1777-1849) est une femme célèbre pour sa beauté, amie de Germaine de Staël. Elle joua un rôle non négligeable dans la diffusion du goût pour l'antique. Elle resta jusqu'à la vieillesse une amie intime de Chateaubriand, qui lui consacra de très belles pages dans les Mémoires d'outre-tombe. « Commandé en 1800 à David par le modèle, ce tableau est resté inachevé pour des raisons obscures et sans doute multiples. [...] C'est une œuvre novatrice dans un format horizontal, insolite pour un portrait, qui était d'habitude utilisé pour les tableaux d'histoire. David crée un espace autour de la figure qui met en valeur l'arabesque élégante de son corps. La source antique de la pose de Madame Récamier, le dépouillement du décor comme de l'habillement de la jeune femme répondent à l'idéal néoclassique. » (Notice musée du Louvre)

 

Jean Auguste Dominique INGRES (1780 – 1867)

Mme Moitessier assise (1847-1856)

Huile sur toile, 120 × 92 cm. Londres, National Gallery

Inès de Foucauld de Pontbriant (1821-1897) était l'épouse de Paul Sigisbert Moitessier, riche banquier du Second Empire, et la tante de Charles de Foucauld (1858-1916). Elle tint sous la Troisième République un salon politique pour Louis Buffet, neveu de son mari et plusieurs fois ministre.

 

Camille COROT (1796 – 1875)

Souvenir de Mortefontaine (1864)

Huile sur toile, 65 × 89 cm. Paris, musée du Louvre

« Dans son atelier, le peintre se souvient des étangs de Mortefontaine, situés près d'Ermenonville, où il vient et revient à partir de 1850 étudier les reflets sur la surface de l'eau et les effets de lumière. Mais attention, il s'agit ici d'une construction particulière du souvenir, à partir de toutes les images du lieu. Corot en peint une qui les contient toutes. Après 1850, l'art de Corot devient lyrique et sa technique volontairement plus elliptique. Par son ambiance brumeuse et poétique, Souvenir de Mortefontaine est un chef-d'œuvre de cette période de maturité. » (Notice musée du Louvre)

 

Claude MONET (1840 – 1926)

Au bord de l’eau à Bennecourt (1868)

Huile sur toile, 81 × 103 cm. Chicago, Art Institute

Monet peint surtout la lumière qui se propage à travers la végétation, à la surface de l'eau pour créer un effet miroir et sur le paysage plus lointain. Cette peinture éblouissante, autant par sa luminosité que par la maestria de l'artiste, influencera définitivement toute la postérité.

 

Claude MONET (1840 – 1926)

Le Bassin aux nymphéas, harmonie rose (1900)

Huile sur toile, 80 × 100 cm. Paris, musée d’Orsay

Monet accordera une importance croissante à la couleur et à la lumière qui deviennent le véritable sujet de son œuvre. Il est alors aux limites de l'abstraction.

 

Georges SEURAT (1859 – 1891)

Une Baignade à Asnières (1884)

Huile sur toile, 201 × 300 cm. Londres, National Gallery

La Baignade à Asnières est la première œuvre pointilliste de grande dimension de Seurat. Ce tableau est une performance technique qui a nécessité de la part du peintre des repérages sous forme de croquis pris sur les rives de la Seine. La composition pointilliste elle-même, qui suppose une extrême minutie, est réalisée en atelier.

 

Vincent VAN GOGH (1853 – 1890)

Les Tournesols (1888)

Huile sur toile, 92 × 73 cm. Londres, National Gallery

Ce bouquet est celui d'un créateur qui utilise la peinture pour exprimer son être. Il apparaît immédiatement qu'il ne s'agit pas d'un quelconque bouquet de tournesols mais du message d'un être humain qui nous transmet la puissance de sa vision du monde.

 

Vincent VAN GOGH (1853 – 1890)

Café-terrasse de la Place du Forum (1888)

Huile sur toile, 81 × 65,5 cm. Otterlo, musée Kröller-Müller

Van Gogh associe les couleurs froides et les couleurs chaudes pour évoquer sa perception d'une place d'Arles. Coloriste de génie, il a parcouru depuis ses premières œuvres sombres, une distance sidérale et utilise désormais la couleur comme un écrivain la métaphore.

 

Henri ROUSSEAU dit le Douanier (1844 – 1910)

Le Rêve (1910)

Huile sur toile, 204,5 × 298,5 cm. New York, Museum of Modern Art

On appelle art naïf la production de peintres autodidactes dont le plus célèbre est Henri Rousseau. L'appellation douanier Rousseau lui a été attribuée par Alfred Jarry, allusion à son emploi de commis à l'octroi de Paris. Les tableaux de Rousseau nous touchent avec la même spontanéité que des dessins d'enfants : pas de perspective linéaire, pas de technicité de haut niveau, mais l'expression d'une géniale sensibilité artistique immédiatement accessible à tous. En ce sens, l'art de Rousseau rejoint les arts premiers en évitant le détour de l'éducation artistique. La sensibilité suffit.

 

Amadeo MODIGIANI (1884 – 1920)

Nu assis (1916)

Huile sur toile, 92 × 60 cm. Londres, Courtauld Institute Galleries

Amedeo Modigliani s'installe à Paris en 1906. Il vient d'Italie et est issu d'une famille de la bourgeoisie juive. Mais son père se ruine et son enfance est marquée par la pauvreté et la maladie. Il est resté célèbre pour ses personnages tout en longueur et ses nus d'inspiration classique mais desquels émanent une sensualité et une tristesse qui provoqueront d'abord le scandale. Modigliani, à qui reste associée l'image de l'artiste maudit, est aujourd'hui un des peintres les plus cotés : en 2010, le Nu assis sur un divan (La Belle Romaine) a été adjugé pour 68,9 millions de dollars.

 

Fernand LÉGER (1881 – 1955)

Élément mécanique (1924)

Huile sur toile, 146 × 97 cm. Paris, musée national d’Art moderne

Fernand léger se situe aux antipodes de l'approche impressionniste. Il utilise le cubisme pour évoquer le monde industriel, les machines. Pour lui, « la belle machine, c'est le beau sujet moderne ».

 

Pablo PICASSO (1881 – 1973)

Guernica (1937)

Huile sur toile, 349,3 × 776,6 cm. Madrid, Centro de Arte Reina Sofia

En 1937, des bombardiers allemands détruisent la petite ville espagnole de Guernica y Luno, faisant 1660 morts et des milliers de blessés. Lorsqu'il a connaissance de ce massacre, Picasso entreprend la création de cette gigantesque toile qui concentre de multiples symboles. Mais il n'est pas nécessaire de décrypter tous les détails pour percevoir l'intensité dramatique de la composition, la présence de la violence, du chaos, de la souffrance. Il s'agit d'une des œuvres majeures de l'histoire de l'art par sa capacité à transmettre à tous la dimension tragique de la condition humaine.

 

Edward HOPPER (1881 – 1967)

Rooms by the sea (Chambres au bord de la mer) (1951)

Huile sur toile 74 × 101 cm, Yale University Art gallery, New Haven, Connecticut

Edward Hopper est mondialement connu pour ses tableaux évoquant la solitude urbaine, la nostalgie, la mélancolie de l'homme des grandes cités de l'Occident du 20e siècle. Son style très personnel se caractérise par des formes géométriques aux contours parfaitement délimités et des grands aplats de couleurs. Il traite admirablement les effets d'ombre et de lumière pour imprimer à ses compositions une dimension quasi-cinématographique. Au fil du temps, ses tableaux deviendront de plus en plus épurés, tout en conservant une intensité dramatique forte mais contenue.

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